Le sang ne coule plus, les larmes non plus.

Le sang ne coule plus, la guerre est terminée ou plus exactement sa température a chuté, elle est glaciale désormais. L’ennemi n’a plus de visage, la cause est perdue.

Les belligérants de guerre lassés n’éprouvent aucun soulagement à l’arrêt des combats.

La lutte nourrissait la guerrière, l’incarnait, la faisait femme tout à fait.

Aujourd’hui la femme enterre la mère, son amer solitaire, mis à l’index, l’éternelle fiancée n’est plus bonne à marier. La colère sourde a laissé la place à la tristesse muette, son ventre ne portera plus l’espoir embryonnaire. L’espérance avortée, plus de combat à mener, la femme reniée se recroqueville dans le berceau vide. Plus rien à bercer, ni tendres illusions, ni petit garçon, ses pensées mortifères fredonnent la douce chanson apprise en prévision. Do, do, l’enfant d’eau, l’enfant de sale eau.

Le sang ne coule plus, il faut poser les armes, ravaler les larmes, il est des combats auxquels il est difficile de renoncer, sans perdre son identité. La jamais plus mère à venir, condamne la femme à demeurer en devenir.

Pourquoi cette impossible résignation à ne savoir créer chair. Médicalement assistée, sans doute apprendra-t-elle à concevoir autrement, miraculée conception.
La création n’est-elle pas existentielle ? Être debout, vivant, n’est-ce pas sculpter sa matière afin d’habiter son existence pleinement, charnellement, spirituellement ?

Le sang hier coulait en corps, pourtant alors nul soulagement. Car ce sang versé, ce n’était pas le prix de la liberté mais une chaîne à son pied, un verdict, le couperet. Impuissante, elle regardait hébétée l’hémoglobine s’échapper de ses entrailles. Une fois avec ses mains, elle avait même tenté hystérique d’empêcher la vie de fuir. Puis une voix dans le couloir l’avait rappelée à la vie. Les mains ensanglantées, elle avait saisi le papier WC, bientôt rien ne resterait, aucune trace du rêve assassiné. Au fond elle comprenait la vie, la déserteuse, elle l’enviait en secret, s’échapper, se fuir elle l’avait souvent désiré.

Aujourd’hui, son corps ne saigne plus, et pourtant la blessure est plus béante. Les autres pensent qu’elle cicatrise, voir même qu’elle est s’en est déjà remise. Refuser la destinée, c’est comme cracher en l’air, ça finit par vous retomber dessus, alors à la colère s’ajoute l’humiliation. Prisonnière de son patrimoine biologique, la hors la loi de la nature inique a vu sa peine commuer à la perpétuité. Exclue de l’œuvre originelle à jamais, elle demeurerait au ban de la société, au ban de la création, la vie est trop courte pour rester assise et la regarder filer.
Comment avait-elle osé imaginer porter la vie, quand bien souvent elle ne savait supporter la sienne ? Son désir d’enfantement n’était-il rien d’autre qu’une tentative narcissique de réparation de l’enfant intérieur antérieur ? Un enfant pour secourir, pour guérir, une vie contre une vie. Stop ! Si elle n’aurait pas eu seule le courage, le destin lui traçait le chemin pour mettre fin à la malédiction de l’enfant médicament. La loi du talion de génération en génération stop ! Après elle, les anges demeureraient au ciel, l’arbre aux racines pourries ne voit pas ses branches bourgeonner, elles résistent un temps puis finissent par se briser. Pas de drame, elles feront du bon feu dans la cheminée et réchaufferont pour un instant les cœurs frissonnants.

Le soir sur l’oreiller, impossible de ne pas prononcer les mots assassins,  clap de fin ? A la nuit tombée, le souffle court, elle était parvenue à chuchoter « le sang ne coulera plus mon amour, je ne serai jamais mère et ne te ferai père. Vois tu mon amour, hier je te promettais des toujours et aujourd’hui je t’offre ce terrible jamais. Notre amour chaque jour plus grand ne s’incarnera pas dans un enfant ” .

Après un silence aigu, parce que de la gravité l’oiseau n’en pouvait plus, dans un bruissement d’ailes, il lui répondit «  ne t’en fais pas mon amour, la vie nous a offert l’un à l’autre, depuis la lumière dans nos vies a jailli et plus jamais je ne veux dans les ténèbres replonger. Le désir d’enfant devenu obsession aurait fini par obscurcir notre horizon ». L’oiseau embrassa la tristesse au coin de ses paupières, le souffle d’amour fît naître la joie dans ses yeux.

L’amour dans l’âme, il et elle s’enlacèrent violemment, lassés d’une lutte à vie qui aurait fini par les tuer, ils s’endormirent rassérénés, reconnaissant d’être ensemble, vivants. Non les sentiments n’étaient pas toujours suffisants. Toute la nuit, le visage niché dans son cou, elle s’enivra de lui, de son être, sans avoir.

Leur amour était l’enfant, leur œuvre originale et chaque jour il leur faudra veiller sur lui, comme une louve sur ses petits, le nourrir, le désaltérer et le protéger, en le tenant éloigné de la rancœur prédatrice.

Vivre sans enfant est une blessure incurable mais non mortelle, vivre sans amour est une mort éveillée, corps et âmes muselés.

Au petit matin chagrin, le vent souffle, la mer est agitée, elle s’arrime à la taille de son amoureux, lui vivant elle sait son combat : le rendre heureux et apprendre à le devenir à travers la mire de ses yeux.

Elle va lutter pour ne pas se laisser tenter par la facilité de tout détruire, orgueilleuse elle a toujours préféré ne pas avoir l’opportunité de, à ne pas être en capacité de…l’amour c’est aussi l’humilité, d’être aimée à l’imparfait.

A ses côtés, elle se sent aimée et aimer en entier, son gris, son clair et même ses abysses mortifères il en fait son affaire. Alors avec lui elle veut grandir et même vieillir, accepter ses impossibles pour s’ouvrir au possible, à la vie, à l’envi. Parce que c’est lui, parce que c’est elle, et parce que le temps presse, chasser la tristesse, emplir leurs cœurs de liesse.

Maintenant elle voit la vie différemment, l’existence n’est ni plus, ni moins une aventure humaine, une succession d’expériences aux suites incertaines. Au-delà de l’échec, à distance de la divine remontrance, loin des sentiers battus, aux idées rabattues, trouver le courage de quitter le tohu-bohu du prêt-à-exister et se coudre son propre habit, en se perdant sur les chemins de traverse, le revêtir enfin et se sentir arrivée, le bon moment, la bonne adresse …

Résister à la conformité : ne jamais se retourner, ne pas céder au chant des sirènes nostalgiques d’une existence onirique.
Remercier l’existence, tortueuse et impétueuse de nous avoir fait nous deux, ventres vides et cœurs pleins, affamés d’une vie plus grande que nous-mêmes.

PS : des amoureux sans enfants que reste-t-il ?
Le battement d’ailes des papillons, ceux qui virevoltent à l’infini dans leurs ventres cocons, toutes les fois où ils s’enlacent corps et âmes en ébullition.
Vous connaissez l’effet papillon ? Il change la face du monde de belle façon.

 

3 jours à tuer, jour 3

  • Jour 3 : samedi –tuer l’enfant

Tuer l’enfant, assassiner les rêves, éteindre l’inaccessible étoile et donner naissance à la femme. La laisser vivre, l’autoriser à exister, même trop, même mal, lui permettre de se perdre sur les chemins de traverse en route vers son destin. La mère avortée, mains sur le cœur berce doucement son enfant intérieur asphyxié par son amour. Son râle lui déchire les entrailles, elle regarde tétanisée le sang couler sur ses cuisses. Soudain les pas de son père dans l’escalier la font sursauter, l’être à sauver c’est lui. Le mot stérile exhibe l’inutile, il ne guérit pas, il mutile. La douleur est un couteau à double lame, il faut la museler, épargner nos chers, au moins la taire à son père.

La terre à son père avait le goût de l’enfance trop prononcé désormais, alors ils ont semé de l’herbe dessus, l’enfance mange les pissenlits par la racine depuis. Papa déteste la nostalgie, il dit « la nostalgie est un poison mortel, qu’il faut boire seulement une fois par an et au cimetière uniquement. « joyeux Noël Maman ! ».
L’enfant enseveli dans le jardin, avec les autres animaux de compagnie, les souvenirs enfouis elle peut respirer, prendre l’air. A ciel ouvert les déchets du passé empoisonnent l’atmosphère. La femme avance, enfin, elle titube, oublier l’enfant qu’on n’a pas su porter, c’est se condamner à une existence sans innocence, à perpétuité.

Mais Papa a raison : parterre les fleurs repoussent, la vie toujours rejaillit en douce. Grandir, sortir de terre et oublier l’enfant parti à son tour en fumée. Quitter le nid les yeux rougis par la fumée et embrasser son horizon avec fougue et appréhension. La femme renaît des cendres de l’enfant, bras et cœur béants elle est prête à accueillir son père vulnérable, son héros ordinaire, car palpable.
Son petit soldat désarmé par l’ampleur du combat, vaillamment lutte à mains nus  au fond de la tranchée. Lui au moins il sait vivre, elle n’a pas cette politesse, l’effrontée manque de savoir-vivre. Un jour, sa mère a proposé ses services pour lui apprendre, et puis finalement ça s’est pas fait. « Toi sale gamine, je vais t’apprendre à vivre ! » avait-elle hurlé, mais c’était sous le coup de la colère, au fond sa mère ne le pensait guère, car de la vie elle-même ne savait que faire. Comment avait-réagi le père ? Il n’avait rien dit, absorbé à refaire ses lacets, pour la dixième fois de la journée.

Son père héros ordinaire, fantastique car réel, au garde-à-vous, il se tient prêt pour le combat dernier. La résilience c’est lui, c’est avoir le sens du compromis, c’est savoir respirer malgré la terreur et les mots noués dans la trachée. Le valeureux griffé par le crabe pisse le sang, le sang doit couler tout le temps. Le héros se tait. Il ne dit mot ni de la douleur, ni de la peur. Le silence c’est sa façon à lui de les protéger elles, de les tenir à distance de l’ennemi. Le silence est un acte inouï de résistance de l’homme de paix. Pendant ce temps Mme « j’aime dire les choses » fait ce qu’elle sait faire, elle fait du bruit. Du fond de son lit, elle gueule, hurle, crie : « putain de maladie, fille de pute tu l’emporteras pas au paradis j’te l’dis !!! ». Au petit matin, elle tremble de froid, les draps sont glacés d’effroi. La jeune femme se pisse dessus toutes les nuits et les jours aussi. Mme sincérité a le courage de ses opinions mais pas celui de la situation.

Pugnace et digne, le héros embrasse la vie, pas comme on embrasse une pute, mais comme une déesse. Jamais de guerre lasse il ne songe à cesser d’enlacer la catin, il aime la faire danser. Son dernier souffle sera je le sais pour la bouche de la traînée. L’enfant assassiné, la femme envisage de se taire car aujourd’hui elle sait le courage dans les silences. Elle voudrait comme son père trouver celui de vivre sa vie, quel qu’en soit les habits. Roxanne you don’t have to put your red dress tonight !

Aujourd’hui elle ne meurt pas encore, sa vie passe, elle attend. Lui Il meurt sans attendre, et est toujours meilleur vivant pourtant. « L’existence est une chance », dit-il. Alors la jeune femme n’a pas manqué de chance : sa vie n’a pas manqué d’existence, même si parfois elle lui a manqué en revanche. Elle ne craint pas « l’autre » monde, l’inconnu, l’un ne lui est pas si familier non plus. Cependant elle aimerait un supplément de temps, pour soigner la tendresse et caresser la beauté de leurs vulnérabilités.

« Allez Papa prends mon bras, allons- nous promener dans les bois tant que le loup ’y est pas ! ».

 

3 jours à tuer, jour 2

  • Jour 2 : vendredi – tuer le héros

Epargner le père. Se sauver soi. Mais la vie c’est le sang, la vaine existence s’en nourrit. Alors puisque le sang doit couler…saigner le héros fantastique, comme une purge inique et pourtant libératrice. Le trucider bien et vite, avant le jaillissement de la vérité, dos au mur impossible de reculer, impossible d’ignorer les faits. Faire la peau au héros, crever le rêve avec ses ongles, mais surtout ne pas l’égratigner. Préférer le soleil aux étoiles, s’aveugler à la lumière et caresser ses ailes brûlées à l’enfer de la réalité. L’extraordinaire est une chimère, mère chimique et père d’une réalité de substitution, gare à l’addiction. A confondre ciel et terre, la vague à lame aiguisée de la mer nous submerge et nous attire par le fond.

Oublier le mythe, le héros de fiction, le remercier du travail bien fait par le passé, grâce à lui les nuits de l’enfance sans sommeil finissaient. Tuer le héros fantasmagorique, pour accueillir le héros ordinaire, aimer le père au présent et bien vivant. Cracher sa peine sur la tombe du père onirique, pleurer la mort du sauveur sur la terre, comme au ciel, se consoler en goûtant l’amour imparfait, inconditionnel. Le rêve est une malédiction, quand il s’ignore et se pense réalité, une machine maléfique, la fabrique à désenchanter. Le ressenti ment souvent, joue des tours, prendre de la hauteur, vomir la rancœur, s’éloigner de soi, ou plus exactement déloger l’enfant dans son cœur battant et connaître la paix d’aimer vraiment entièrement.

L’enfant né sur le terreau de l’absence passée sous silence avait crié à la naissance, on s’en était réjoui. Mais… le cri n’avait jamais cessé depuis ! Le fruit du silence était un cri, quelle ironie !
Se taire ou hurler ? Acte désespéré dans les deux cas, la douleur laisse sans voie parfois. Un père passe sous silence, faites vos jeux, rien ne va plus pour l’enfance, née dans une impasse.

Pour survivre à la mort du héros, il faut en finir avec l’enfance devenue fardeau, en finir avec la désillusion arracheuse d’ailes, voleuse d’horizon. Ne plus fuir le réel, course folle sans ligne d’arrivée, et trouver enfin le courage de mettre fin à l’errance, ce voyage sans destination. Alors il n’est pas d’autre solution que d’achever l’enfance blessée, lui asséner l’imparfait et enfin tendre la main à l’adulte, désormais prêt à exister malgré les trous, les difformités.

3 jours à tuer, jour 1…

Jour 1 : jeudi – tuer le père.

Tuer le père avant qu’il ne la tue. Mais le père n’est-il pas déjà mort, la dépouille de ses enfants dans les bras ? Ses enfants n’ont pas vécu longtemps. Depuis il vit avec leurs fantômes, un mort, deux vivants…

Tuer le père comme une urgence, maintenant, tout de suite, d’un coup sec bang, très vite arracher le fils et cicatriser. Le tuer en premier, avant qu’il ne meurt, avant la fatalité ou la destinée, dans la balance tout juste une poignée d’années. S’en séparer de son plein grès, décider de la fin, décider au moins du jour de l’abandon, comme s’il s’agissait d’un choix, d’une dernière volonté.
Se débarrasser de l’Amour, s’en délester, car à l’usure ça pèse lourd.
Le poids de trop d’amour ?…Trop Lourd ?

Tuer le père et par la même occasion zigouiller la peur de toucher le fond. Faire disparaître la raison de vivre et ainsi démembré peut-être se réinventer qui sait ? Sous la lumière des feux follets, envisager une nouvelle possibilité : la folie d’exister par ou pour soi-même, dilemme.

Le père avec d’autres toute sa vie s’est tu. Le silence c’est vous et vous sauve peut-être, elle il la tue, après tout on ne peut pas convier tout le monde à la fête. Se taire est selon elle une lâcheté, pour lui c’est une eau de vie, dans l’oubli il se jette. L’eau trouble et le soulage, inutile de savoir qu’on n’a plus pieds, quand on est nul à la nage.

Consensus ou phallus ? Jeune fille vous vous méprenez, la vie c’est bien plus compliqué !
L’homme cultivait son jardin en silence, parterre il ensevelissait ses blessures, puis semer ses pensées. La vie repoussait bien, la chienlit ça se nourrit du rien.

Tuer le père avant que la grande faucheuse à la lame sanguinaire nous coupe l’herbe sous le pied. Décider de l’heure, impuissante choisir au moins quand devenir l’enfant sans racines, l’adulte sans branches, n’être ni au ciel, ni à la terre, à peine au milieu. Se laisser voguer ivre sur l’amer des feintes, ni jamais mère, ni plus enfant, orpheline doublement.
Être bourreau c’t’ enfant de salop, jamais victime, ne tendre ni la joue, ni le cou et frapper un bon coup. Être le couperet et décapiter le rêve fou à dormir debout, d’un bonheur possible malgré tout. Ne plus fuir, demeurée elle est, demeurer, elle reste. S’offrir à la nuit nue et entière, espérer la traînée, puis la laisser tomber sans trembler, sans suffoquer la réalité. Ne pas pleurer, se tenir prête pour le grand voyage, non plus condamnation, mais remise de peine sans condition.

Tuer le père ? Nul ne peut trucider la tendresse, la déesse est immortelle ! Autant vouloir sortir le fleuve de son lit. Un truc de fou à dormir debout !

Ce soir le roi est mort, vive papa !

L’amour le vivre ou le faire.

L’amour charnel s’en est allé doucement, insidieusement, un soir ou était-ce un matin, ni lui, ni elle ne savent plus bien. Le désir les avait quittés, oups envolée l’envie, partie sans préavis, mais qui allait payer le loyer ? Car oui l’amour aussi avait un prix. Bien sûr la légèreté battait de l’aile depuis un moment, les tourtereaux malmenés avaient tenté de garder le cap. Ils avaient cru prendre de la hauteur, ils avaient pris leurs distances et s’étaient éloignés l’un de l’autre sans cri, ni heurt.
Les premières désillusions ? La maladie, le blé, une stérilité généralisée, le trop plein de gravité avait fini par les décentrer, déséquilibrés ils chancelaient…

Le récit de leurs amis sur la perte du désir des vieux amants, les amoureux transis ne s’en étaient pas émus au début, puis « plus installés » le sujet les avait fait un peu frissonner mais en vrai ils ne sentaient pas réellement concernés. Ivres des caresses faciles, celles où le corps s’embrase malgré lui sous le feu de tous les possibles, l’idée de ne plus avoir envie de baiser les faisait plutôt marrer. Comment envisager de ne plus vouloir respirer ?

Aujourd’hui grelottants ils n’osaient plus regarder leur amour en face, ils lui jetaient un œil en biais, furtivement, pour s’assurer qu’il était toujours présent, même à demi vivant. Ils remarquaient désolés les cheveux blancs sur les possibles agonisants, échoués un à un sur la banquise de la réalité. Pourtant ils s’aimaient plus, si l’on peut aimer davantage, ils s’aimaient mieux qu’avant, consciemment. Au commencement, ils s’étaient imaginés essentiellement, se connaissant à peine et surtout à joie.

C’était donc vrai, le désir idiot pouvait se volatiliser quand bien même l’amour lui demeurait et même grandissait, au point de devenir l’Amour, celui des toujours. Désarçonnés les amoureux glacés pleuraient sur la sexualité indomptable, jusqu’ici elle les avait aidés à tenir, à rester debout malgré tout, vivants en dedans, quand la mort rôdait tout autour.

La sexualité était le rocher, auquel leur amour se raccrochait, grâce à elle malgré la tempête ils tenaient bon, au présent amarrés la mort du futur ils apprenaient à l’accepter. L’un dans l’autre ils enfantaient les « peut-être », l’espoir, les sens de l’être. Enlassés les aimants étaient amants lassés désormais, car l’amour n’est pas toujours suffisant, la légèreté manquant de souffle, le feu du désir étouffait.
Blottis l’un contre l’autre, peau à peau ils entendaient leurs cœurs battants rythmer leur Amour grandissant, puis les battements se faisaient irréguliers, leurs regards sur leurs sexes inertes s’étaient posés. Peut-être des caresses, des baisers humides de tendresse, des mots brûlants de délicatesse auraient suffi à ériger l’empire du désir, mais ils étaient trop fiers ou trop bêtes pour jouir de ce « peut-être ». Et puis auparavant, ils n’avaient jamais eu besoin de préliminaires, alors en user maintenant c’était toute une affaire. Sans un mot, presque honteux ils se rhabillèrent, submergés par un sentiment de solitude inouï. Et dire que du temps de leur célibat, l’onanisme les faisait jouir à chaque fois.

Bon c’est bien gentil tout ça mais ton histoire d’amour elle bande mou ! Je te le dis sincèrement ton idylle elle est rasoir ! Mais dis-voir avant la déculottée c’était comment ?

Avant ? Avant c’était quand ? Il y a quelques mois ? Euh non plus que ça, 2-3 ans déjà. Avant ? Avant la guerre du silence et des nerfs ? Avant le temps des premiers chagrins, des premiers empêchements des âmes puis des corps, avant les failles démasquées ou avouées, avant les fissures dans les murmures ? Avant putain qu’c’était bien !

Avant, c’était l’âge du feu, du désir impétueux, bon dieu qu’ils s’étaient réjouis d’en brûler tous deux. L’un de l’autre ils ignoraient tout et pourtant savaient l’essentiel sensationnel : le toucher, l’odorat, la vue, l’ouïe, le goût. A peine le seuil de la porte passé, déjà il la déshabillait, moite de désir, son souffle, sa langue, ses doigts avides, en elle s’engouffraient et elle frémissait. Elle se frottait délicieusement contre son ventre, son épée dressée, elle se sentait remplie comme jamais par le valeureux chevalier. Les amoureux vivaient pour faire l’amour et non l’inverse, les imbéciles heureux pénètrent mieux le monde des possibles. Niquée la mort, niqué le mauvais sort !

Avant ? Au commencement ? Il y avait eu non pas le silence mais les non-dits, la légèreté aussi. L’amour flamboyant était rebelle et sexuel absolument. L’Amour avec un grand A, parce que c’est lui, parce que c’est moi, car je ne sais rien de lui, car il ne sait rien de moi ! Les entrailles des amants se déchiraient de plaisir, le tréfonds de leurs âmes, là où logent les blessures ensevelies, jouissait lui aussi de ce répit inédit.

Et puis après avant vint le temps de la découverte spirituelle, les confidences, gages de l’amour éternel. Foutaise ! la transparence n’éclaire pas, elle nous baise, nous perce à jour et tue l’amour !

« Je t’aime tant, je veux tout te dire, surtout ne rien te cacher jamais, car tu es à n’en pas douter ma moitié, mon âme sœur ! Alors mes meurtrissures tu vas les lécher, dans mon abîme tu vas plonger sans avoir peur de t’y noyer. Je veux être aimée comme je suis exactement, sinon j’aime autant forniquer avec le vent ! »

La vérité toute crue est une viande putride, de ses fibres naît l’inquiétude et le doute. La vermine carnassière s’infiltre inexorablement dans les chairs, une fois infestées elles deviennent intouchables. L’étendard est en berne, le désir à l’agonie. L’amour fantasmagorique, la sexualité fantasque et fantastique se meurent sur l’autel de la vulnérabilité. La vie n’est plus possibilité mais danger, l’existence se fait désincarnée, les corps se meurent inhabités.

Avec l’habitude, ce qui était miracle hier était devenu normalité. L’incomplétude revenue, baiser le vide sidéral ils ne savent plus, entre l’âme et le corps trop d’interférences : le boulot, le flouze, la santé, sans parler de la bagnole et du loyer payable d’avance.

A s’aimer trop, à s’aimer en vérité, à s’aimer trop en vérité, la sensualité s’était barrée, fleur bleue elle avait besoin de rêver. Les caresses n’offraient plus, elles prenaient, exigeant un retour sur investissement, systématiques, calculées, elles devenaient des gestes prémédités, embarrassants. La sexualité n’était plus bulle d’oxygène mais un exercice préconisé dans le manuel des heureux gens, entre la méditation et le vegan. L’amour décharné est condamné, pas de réanimation sur un squelette, pour le voir encore brûler du feu sacré, une ultime solution : la crémation. Amen !

Pour aimer toujours, luttons, cultivons le désir et cultivons l’essence de son feu : l’ignorance. Désirer l’autre c’est s’offrir une part de vie rêvée, sous le joug de la réalité, le désir se meurt accablé. Alors aimons-nous follement, mentons-nous par omission.
Les remords, les empêchements, les faiblesses, les peurs, les cruautés, les abcès, les dents cariées, les lâchetés enkystées, ça fait pas bander et ça fait pas mouiller ok ! Alors demeurons jusqu’à la nuit des temps des inconnus intimes, des amants magnifiques unis dans un ailleurs autrement, dans un impossible onirique.

Heureux les ignorants, qu’ils baisent encore longtemps joyeux, intrépides et puissants !

« Fuck les dieux, fuck le vide et fuck la mort » gueulent les vieux amants, jouissant encore dans l’ultime étreinte, avant la flamme éteinte, avant le passage de la petite à la grande mort.

Luzià, à l’envers, à l’endroit

Luzià enfin te voilà, Luzià que la lumière soit !

Après une nuit froide longue de 3 années, Luzià naissait, l’aube revenait. Les parents renaissants rayonnaient. L’enfant soleil éclipsait les ténèbres, Luzià, la lumière toujours les éclairerait. Le coucher du soleil ne serait plus redouté, l’amour resplendirait à jamais.

Luzià brille de mille éclats, sa voix, sa joie, son rire, ses yeux. Sa lumière peu à peu les éloigne du ravin et de la folie aussi. Par sa présence illuminée, le chemin soudain se fait moins escarpé, elle est leur vie sublimée. En grandissant, ses parents lui expriment leur gratitude souvent. Luzià elle aime pas ça être remerciée, elle supporte pas ça d’être sous la lumière, même que ça la met en colère. La lumière incarnée est discrète, elle ne souhaite pas briller, seulement les réchauffer si elle le peut.

« Luzià, Luzià notre diamant salutaire, reste auprès de nous, exauce notre prière ! ». Au-dessus de son berceau, la famille mutilée murmurait déjà ces mots. Avec le temps, insidieusement, ces joyaux montés en collier formaient des griffes autour de son cou, une existence prise en étau étouffe doucement, jusqu’à ne plus respirer du tout. Luzià, les voleurs de temps, les pilleurs de vie sont de ton sang, les salops c’est nous absolument.

Déjà engagée, l’éternelle fiancée ne peut se marier. D’aimer sa famille toute la vie, de demeurer à ses côtés elle l’a promis, juré craché, en silence, en présence. Luzià n’a pas d’enfants, elle n’a pas le temps, elle doit s’occuper de ses petits : la fratrie, les amis et puis les parents aussi. Enfin c’est plus vraiment comme avant, y’a plus maman maintenant. Pour autant elle n’a pas plus de temps qu’avant. La vie ne supporte pas le vide, alors un autre corps malade, une autre âme tourmentée, tant d’existences à soulager. Luzià veut faire le bien, c’est son devoir, son destin. Toujours aux aguets, elle veille à ce que les siens ne manquent de rien. Chacun son tour et au suivant !

« Je t’en prie ne pars pas, je t’en supplie reste, tu me fais du bien tu vois ? J’ai tant besoin de toi, personne ne m’aime comme toi ». Les indigents de l’amour crèvent de faim en son absence, elle le sait, alors les rares fois où elle doit s’éloigner, elle prend grand soin de laisser aux pieds des affamés, son souffle, son cœur, sa joie, son corps et bien plus encore. Quand c’est pas assez, elle offre aux redoutables insatiables son être tout entier et je l’entends à chaque fois penser tout bas : « bon débarras ». Luzià elle est comme ça, sa propre vie souvent salie ne l’intéresse pas, plus maintenant en tous cas !

Luzià est magicienne, à peine souffle-t-elle sur les cendres, que le feu séduit rougit, puis vite il s’enflamme. La caresse de la lumière ranime les cœurs les plus austères ! Luzià, prends garde à toi, le feu attisé par l’essence de ton être finira un sombre jour par t’embraser peut-être.

Luzià elle s’ouvre à tous les damnés de l’amour, tous les crevards s’engouffrent, affamés ils se nourrissent de sa substance, de son espoir et s’emparent de son existence. Les ogres, se servent et se resservent encore, jusqu’à épuisement. Une fois repus, les carnassiers abandonnent le gibier « ensangloté », blessé à mort le cœur de la guerrière palpite encore. La lumière vacille mais ne s’éteint pas malgré le souffle de leur haleine fétide, la flamme trépide puis se ravive. Ne jamais cesser de briller, tous les autres encore éclairer .

« Je t’aime, tu me fais du bien. Ne pars jamais, j’en mourrais ! J’ai besoin de toi, reste auprès de moi. Allez encore un moment, un seul instant. Viens contre moi, enfin pas si près ! Pas si souvent ! Enfin tout dépend ! Je te dirais où et quand ! Demain ? Demain je sais pas ! Profitons d’aujourd’hui… » susurrent les gueules pleines d’incisives. « Carpe diem » gueulent les poètes de la baise sans engagement. Si seulement leur cercle pouvait disparaître !

Les conquistadors l’adorent, la conquête de la lumière ça fait bander les ténébreux. A force d’entrer en Luzià, la lumière finira bien par rejaillir sur eux ! Alors ils la prennent consciencieusement, rageusement, à l’envers, à l’endroit, devant, derrière, debout, parterre, avec la langue, avec les ongles, avec les doigts. Luzià dit non, quand elle n’aime pas, « non pas comme ça ! ».

Mais ils refusent de comprendre : putain ! Tout le monde a quand même droit à sa part de lumière, pas de quoi en faire tout une affaire. Et puis c’est bien connu le non dans la bouche de la gentille fille, l’ingénue, c’est un oui faussement farouche, une coquetterie, une fanfreluche rien de plus.

Avec leurs langues impropres à communiquer, ils visitent son corps, fourragent ses pensées. Ils enfoncent bien profondément leurs pieux dans les bouches cousues. Luzià se tait, ne gémit même plus ! Lascive, permissive ? Luzià est tétanisée, son tortionnaire l’aime, il ne cesse de l’affirmer alors elle le laisse faire, le laisse l’achever, au fond elle doit sûrement le mériter. Luzià s’est laissé faire, elle le sait, elle n’essaie même pas de nous la faire à l’envers. Luzià peu à peu s’est abandonnée, la guerrière refuse de continuer de lutter, puisque l’amour c’est ça, elle lui préfère l’enfer, au moins dans ses draps il doit faire moins froid.

A l’endroit, à l’envers avec la langue, avec les doigts, avec la fourche, avec la pioche elle les a laissés l’égorger, mais elle se console, la lumière leur survivra. Libre, inaliénable, la lumière peut, doit être cultivée. La posséder ? On ne le pourra jamais ! Le loup bouffe le petit chaperon rouge, «  je t’aime tant, tu me fais tellement de bien, n’écoute pas ta mère-grand ! ». La panse du porc vautré dans son foutre menace d’éclater, écœuré finalement il abandonne la dépouille du chaperon rouge en lisière de forêt. Le « all inclusive » ça finit par donner la gerbe même aux sagouins déculottés.

Les matamores pathétiques mains et bouches ensanglantées se targuent de l’exploit : ils ont eu la peau du chaperon rouge. Pathétiques les chasseurs de lumière l’ignorent, mais après avoir dépecé la lumière, dévoré son cœur chaud et palpitant, désormais et à jamais, ils seront tenaillés par une faim insatiable et  leurs âmes grises erreront dans l’obscurité.

 

« Jamais on ne m’a aimé comme tu le fais, promets-moi de toujours rester à mes côtés, derrière oui, dans mon ombre aussi, mais tout près je t’en prie ! »

L’envers du décor du prince charmant Luzià, laisse ta voix intérieure te la décrire doucement. En s’appropriant ton corps par devers toi, à l’envers, à l’endroit, ils ont l’illusion de l’implosion de leur toute puissance en toi, de leur ascendance sur toi. A demi-inconsciente efforce-toi de t’élever, ainsi au-dessus de vos corps tu verras la violence de son étreinte, sa rage non feinte, elle te saute à la gueule maintenant. Abusée, désabusée, ton silence est un cri, lui ne réalise pas, il sourit : le plaisir te laisse sans voix, c’est ce qu’il croit.

La tête dans l’oreiller, tu l’entends siffloter, sous la douche il fait mousser sa virilité. Ta petite voix intérieure enfin surtout celle de ta sœur, te suggère de lui enfoncer un gode-michet, là où on sait et de lui mettre sa pâtée profond dedans, à ce cher Medor, bon chien chien, oust dehors !
« Luzià ma lumière je t’en supplie ne décline pas, Luzià ma guerrière auprès des loups ne demeure pas. Le feu sacré brûle en toi, autorise-toi à t’y réchauffer parfois et protège-toi de nous, ne nous laisse pas te consommer, te consumer. La lumière pénétrée demeure inviolable certes mais à manquer d’air le feu sacré peut étouffer et son dernier souffle partir en fumée.

Luzià je t’en prie aime encore et toujours mais ne t’abandonne plus, recueille-toi, adopte toi. Tiens- toi à l’écart des cœurs atrophiés, ces âmes perdues sans collier errent de foyer en foyer, incapables de s’attacher, ils jouissent de t’aliéner. SI aimer c’est se donner toute entière, à l’envers, à l’endroit, ce n’est pas je crois, s’abandonner tout à fait, mais c’est peut-être au contraire s’accueillir, se recueillir et en jouir. Aimer ce n’est sans doute pas s’oublier mais se souvenir de soi et ne pas laisser l’autre se servir mais à lui s’offrir toute entière, sans meurtrir ni son âme, ni sa chair.

Luzià berce ton cœur gentiment, laisse ton être naître à toi doucement et efforce toi de l’aimer absolument, pas moins, pas mieux que tu n’aimes les gens. Je t’en supplie prends soin de ta vie, offre toi un peu de ta lumière, éclaire ton chemin et sois en fière. Ne laisse pas ton destin prisonnier de nos cœurs, te vouloir tout à nous c’est t’aimer si peu ou si mal, et surtout c’est s’aimer nous avant tout et c’est méprisable ! Protège-toi d’eux, protège-toi de nous. Luzià promets-moi de ne jamais t’éloigner tout à fait j’en crèverais, mais garde tes distances de sécurité, fais une place à ton individualité, à ta personne cette beauté.

A tant vouloir nous faire du bien, tu finis par te faire mal, mais attention un don de toi sacrificiel nous éloignerait tous du soleil, alors oublie-nous un peu. Ta pureté n’est pas le sang sur tes draps blancs, mais celui qui irrigue ton cœur géant. Puisque femme de devoir toujours tu demeureras, essaie au moins de prendre soin de toi : tu dois faire ta vie, pas refaire la nôtre, tu dois construire ta famille, pas reconstruire la leur. Plus que « tu dois » « tu as le droit », le droit d’exister, car Luzià en vérité, la lumière fût, la lumière est et elle sera pour l’éternité.

 

Un manque de savoir-vivre

Alors que les bombes sur Alep tombent, alors que des femmes, des hommes, des enfants tremblent à l’idée de bientôt peut-être, ne plus être du monde des vivants (…)

(…) Une femme plus toute jeune, pas encore vieille tout à fait, entre deux âges en réalité, manque de courage de vivre. Ironie de l’histoire, sa ville fût aussi déchiquetée, puis heureusement libérée. Elle n’a pas connu ce temps, première génération sans guerre croient-ils. C’était il n’y a pas si longtemps, mais c’était un autre temps, celui des alliés, des amitiés réelles. Aujourd’hui tout a changé, l’Autre est devenu un problème, ennemi officiel ou adversaire potentiel.

La femme lucide soigne son manque de savoir-vivre. Depuis que tous ses amis sont partis, pour guérir son anémie elle va voir un psychologue. Elle préfère ça à la confesse et athée en vérité, elle trouve ça plus honnête de pas déranger le curé. Et puis au moins elle n’a pas peur du docteur, qui n’a de cesse de lui répéter qu’il n’en est pas un, mais elle sait ce qu’elle sait. Avec lui, elle n’a pas à redouter le jugement, ni le premier, ni le dernier. Grâce aux honoraires son confident s’engage à se taire, c’est donnant-donnant.

Sous couvert d’anonymat, surtout ne jamais régler avec son chéquier, la femme avoue au confesseur, enfin au docteur son manque de savoir-vivre. Il paraît que le gros de l’affaire se joue à l’enfance, une histoire d’éducation ou de conditionnement on ne sait plus. Or, depuis son plus jeune âge l’existence, équation aux nombreuses inconnues est insoluble à ses yeux. L’exercice est trop compliqué, elle a beau lire et relire l’énoncé, poser les arguments sous contraintes, la solution comme le temps lui échappe. Alors depuis, son existence s’écoule besogneuse, laborieuse, insensée, elle la regarde se vider de son sang, de sa sève, les bras ballants honteuse de son ignorance assassine. Quel gâchis ! s’écrient ses amis, les rescapés de son jugement dernier.

Le manque de savoir-vivre est une carence indécente, une plaie infecte, une septicémie peut-être ! Si seulement…

Les bombes pleuvent sur Alep et ravissent la vie de femmes, d’hommes, d’enfants…

Assise sur son canapé, la femme désœuvrée  et sans nom allume la télé, les images pour s’abrutir, pour oublier le manque. Alep, des gravats, des jambes, des bras, elle n’éteint pas, les larmes coulent sur ses joues, inutiles, faciles. Elle se lève automate, va dans la cuisine dévore tout ce qui lui passe entre les mains, se lèche la bouche, les doigts, ensevelir le manque sous ses décombres. Elle accueille la nausée avec soulagement, bientôt elle va pouvoir vomir son existence.

Vomir et puis après ? Ouf il est tard, il faut aller se coucher car demain…demain ? Rien ! Ouf le néant !

Un manque de savoir-vivre à mourir de honte, si seulement…

Classée sans suite

Maudite nouvelle, la tristesse est revenue !

Merde ! Et c’était quand ?

Il y a quelques jours, quelques semaines, je ne sais plus.

C’était Où ?

Mon âme est tombée dessus par hasard, au cours d’une ballade dans ses profondeurs. C’était le matin, le temps était mauvais, sans doute le passé, les vagues étaient déchaînées. Soudain une lame de fond inouïe a enseveli mon âme. Platch, les grandes marées, la tristesse a déferlé et emporté tout sur son passage, amour, amitié, joli paysage, tous noyés sous l’écume de la rage. Et maintenant, la vampire me suce les veines, enfle, aspire mon sang. La tristesse gavée éclate en moi, je lutte, l’envie de m’arracher la peau m’obsède. Je respire avec mon cœur, vaillant, résiliant, il bat encore ! Mais plus comme avant…

Sais pas pourquoi je vous raconte ça ? Je connais la bête et elle ne s’en laisse pas facilement conter. Naïvement, je continue à espérer un jour la comprendre. A force d’expliquer la peine, peut-être je parviendrai-je à la dompter. Il y a bien longtemps que je ne la ménage pas et pourtant rien y fait, elle demeure insaisissable, pas de clef pour la peine, la porte du bonheur toujours close. La chienne, c’est bien elle qui me tient en laisse, en liberté surveillée impossible de lui échapper.

Rarement, quelques fois, régulièrement, trop souvent, la tristesse m’envahit, profondément incrustée, elle se pétrifie en moi, je ne la fuis plus, je la suis. Au commencement, je me souviens elle était quasi imperceptible, une sensation fugace. L’ombre au tableau, infime, minuscule à peine décelable à l’œil nu, alors il me suffisait d’orienter la lumière autrement et l’affaire était pliée, oubliée la tâche, immaculée la vie. Tapi dans la croûte, le démon de midi crache son feu aujourd’hui, l’ombre se fait tableau.

Un premier diagnostic est posé, il s’agirait du syndrome de la « mi-vie », très fréquent, sans être mortel il affecte le confort de vie quotidien. A la moitié du parcours l’existence, quelle farce, nous joue des tours. Ainsi, au milieu du carrefour, autrement dit à « mi-vie », certains développent une pathologie : la prise de conscience d’une existence vécue à moitié.

Trop vieille pour la colère, je ne brûle plus de ce bois-là et pire encore je ne m’enflamme plus du tout, je me consume. Les jours filent un mauvais coton, qui me laisse transie de froid. La colère me manque, mon guide, le métronome de mes ardeurs, je lui dois beaucoup et surtout mes voyages au-delà de la peur. Pour assouvir cette insatiable, pour la rendre fière, l’ascenseur définitivement en panne, j’ai gravi l’échelle, marche après marche, laborieusement, besogneusement. Malheureusement les poings serrés, il est impossible de s’envoler, impossible de se brûler les ailes, désespérément trop loin du soleil. Grâce à la colère j’essuyais mes dettes d’infortune d’un revers de la main et plus fort encore, au casino il m’arrivait de gagner gros, une fellation aux dés pipés et le tour était joué : niquée la banque, niqué le destin.

Ce matin la colère a foutu le camp, embarquant avec elle mes 20 ans, sans partenaire je ne désire plus, ne rêve plus à rien, ou presque. En réalité, je dois avouer, j’aurais bien un dernier souhait à exaucer, oh trois fois rien : j’aimerais bien pour la fin, incarner le macchabée d’un meurtre non élucidé. J’aime bien l’idée de tirer ma révérence, de me faire la belle, laide et irrévérencieuse, sur fond d’intrigue crapuleuse. Quoi de plus abouti qu’une affaire classée sans suite ? Je vois d’ici les gros titres du canard local déchaîné, « l’écrivain inconnu incapable de notoriété dans la vie même, nourrit aujourd’hui la chronique et s’offre une renommée post-mortem ».

Le matin touche à sa fin, te voilà enfin, rai de lumière à travers les persiennes de mon humeur, tu t’allonges tout contre moi, souffle un baiser sur mon cœur froid. Je me force à sourire, la grande douleur sans doute la pire, serait de te voir souffrir. Je respire dans ton souffle, la vague passe, la lame de fond se brise à notre horizon. La vermine peut continuer à grouiller, la peur à se chier dessus. « Rien de grave, avec le temps tout finit bien », me dis-tu.

A mi-chemin, tu redoutes la fin des premières fois et la naissance des dernières. Le premier baiser, le premier émoi. Le dernier train, le dernier amour…

Avec la fuite du temps vient la fin des temps, futur et passé.
Alors oui ! Tu es mon dernier amour pour toujours à présent.
Alors oui ! Tu es mon premier Amour au goût d’éternité,
quand tout lasse, tout passe, le premier à demeurer.

Grandir tôt, grandir tard… Grandir tôt ou tard.

La petite fille n’a pas grandi, pourtant elle n’est pas née d’hier, elle a vu plusieurs décennies, traversé de nombreux hivers et autant de printemps forcément. Des premiers elle a surtout retenu le vent mortifère, des seconds bizarrement, le sirocco, son souffle chaud sur ses chairs elle ne s’en souvient plus trop.

La petite fille n’a pas grandi, pourtant elle voit bien les cheveux gris, le reflet du miroir chaque matin lui renvoie l’image d’une femme de son âge. Elle caresse de son index les saignées sur son visage, au coin des yeux, au coin de la bouche. Les traces du temps sont des tatouages, l’enfance révolue rien ne l’efface. Si elle en éprouve de la surprise et sent son âme de petite fille se serrer incomprise, elle n’a ni amertume, ni hantise, elle a tant vécu, n’en parlons plus

Non décidément, inutile d’insister, la petite fille n’a pas grandi à la vérité. D’ailleurs, voyez-vous-même, elle n’a ni mari, ni enfants. Elle n’a pas atteint l’âge de raison et puis c’est bien connu les enfants ne peuvent pas avoir d’enfant ! Alors c’est entendu, la petite fille ne grandira plus. Sur son sort, ne pleurons plus, l’enfance est une peine perdue, un oiseau dans une cage retenu, est-il encore un oiseau ou une abomination, la liberté annihilée, l’enfance assassinée.

La petite fille n’a pas grandi, c’est pas faute pourtant d’avoir avalé leur soupe infecte, bouillon de normalité. Combien de fois en a-t-elle redemandé de pleines bolées ? Toutes ingurgitées en se pinçant le nez ! Mais la bonne volonté n’a pas suffi, elle a pas grandi, tant pis !

Mais n’insistez pas ! La petite fille n’a pas grandi je vous dis ! C’est pas qu’elle veut pas, elle sait pas. Et puis je voudrais vous y voir le soir dans le noir, à taper le carton avec ses fantômes, ses démons. La pauv’ môme perd à chaque partie, une fois les fantômes évaporés elle pleure leur compagnie. Alors le soir venu, elle s’étouffe dans l’oreiller, manquerait plus que les putains de sanglots se mettent à gueuler et viennent couvrir le son de la télé.
Elle pleure cette journée inutile, gâchée au moins autant par son insuffisance que par leur absence. Une nouvelle fois, elle rage d’être passée à côté de sa mission : rendre ses parents heureux, leur faire passer le goût du malheur, du tison ! Ni ce soir, ni après ils ne  viendront la border et enfin lui murmurer « notre douce fille, tu es une bonne fille, nous sommes heureux maintenant, tu peux dormir tranquille désormais et pour la nuit des temps ! ».

Recroquevillée dans les draps de lin, seule, elle espérait dans ce linceul trouver le sommeil éternel, mais non ! Ils refuseraient toujours de la libérer de leurs cœurs, son sanctuaire, son sarcophage. Soudain, la main invisible soulève ses cheveux humides qui lui mangent les yeux, un souffle glacé chuchote un baiser : « Ne nous quitte pas, jamais, pas un seul instant ! Brûle encore et toujours amour suprême et réchauffe nos cœurs transis de peur, de ta ferveur d’enfant ».

 La petite fille n’a pas grandi, pourtant ses parents ont vieilli, maman est en haut, au ciel, dans son paradis elle fait des merveilles sans doute, la terre était son enfer en croûte. Papa est en bas, il refait sa vie, non pardon il la continue, ça en vaut la peine, la terre est son jardin, son Eden.
Assez vite il a été nommé grand-père, Papa. Quand ses vieux amis compatissant lui demandent, alors volontiers il leur répond que non vraiment ça ne lui pose pas de souci que ses petits-enfants ne soient pas de son sang. Ses filles sont nullipares. Rien de grave, après tout les enfants c’est souvent des soucis à mère, alors finalement c’est mieux quelque part.
Oui quelque part, mais où ?
Et puis surtout sérieusement entre nous, vous en connaissez beaucoup vous, des enfants qui font des enfants ? Dans pareil cas avoir  des descendants serait presque indécent !
« Ah ! 40 ans vous dites ! Elles ont 40 ans, vraiment ? Bon dieu que le temps passe vite, moi qui les vois encore petites ! Bon ben excusez-moi je voudrais pas me défiler, mais je dois filer, j’ai la vie à rattraper ! ».

La petite fille n’a pas grandi, elle est inquiète, pourtant elle sait qu’il faut pas s’inquiéter, ça sert à rien et surtout pas à empêcher le malheur de sonner, alors au lieu de guetter la porte, elle ferait bien mieux de faire du vélo et de manger une glace à l’eau.
Elle peut pas s’en empêcher, elle est tracassée. En fait, elle est claquée, alors elle a pas la force de passer, mais elle sait pas comment lui annoncer. La petite fille n’a pas grandi, à trois elle décroche le téléphone, 1-2-3… Elle va encore manquer à sa mission, pourvu qu’il lui concède la rédemption ! 4 !
–  Allo Pa ? Comment te sens-tu aujourd’hui ? Si tu veux je peux passer, je pouvais pas mais je me suis arrangée finalement ! Alors surtout dis-moi si tu veux que je vienne, n’hésite pas, je n’ai rien prévu du week-end.
Elle pense tout bas, ‘la promenade en amoureux attendra, après tout on a toute la vie pour ça !’
– Ah ma petiote, je vais très bien. Ben pour tout te dire cet après-midi çà m’arrange pas bien, on fête les 7 ans du gamin. Tu sais ce que c’est les petits enfants !

La petite fille n’a pas grandi, alors oui elle est bien placé et oui en effet elle sait ce que c’est !
Elle raccroche la morve au nez, la morgue au cœur. Elle court dans son lit refuge noyer sa rancœur, elle mord l’oreiller jauni par la salive. Elle la supplie de venir la chercher, elle lui dit qu’ici elle manque de savoir vivre, qu’elle a beau essayer mais rien à faire, elle sait pas y faire.

Semée sur des cendres, elle a poussé comme un chardon ardent, sa colère la brûle sans jamais la consumer vraiment.

Une main fine soulève timidement les draps, un corps chaud, moelleux m’attire à lui doucement et fermement à la fois.
Le ventre de mon amoureux respire contre mon dos secoué par les sanglots.
La petite fille n’a pas grandi…elle n’en revient pas d’avoir un pareil chéri. La petite fille n’a pas grandi…elle est toute chose de faire l’amour avec lui … et oui, ils s’embrassent sur la bouche. Leurs baisers papillons lui donnent des frissons, ils virevoltent sur sa peau, dans son corps.
Leurs étreintes, c’est comme nager nue dans un ruisseau. L’eau coule, ruisselle dedans et sur elle, son cœur cogne fort dans son corps, dans ses tempes, dans son sexe aussi.
La petite fille a bien grandi, devenue femme elle court à grandes enjambées, rien, ni personne ne pourra lui voler sa jouissive maturité !

Mon amoureux soulève la mèche de cheveux sur mon front mouillé, le murmure de son amour absolu caresse mon oreille cassée. La chrysalide à ses pieds, la femme nouvelle née s’endort sereine, alanguie d’amour, elle se love contre lui. La petite fille, dans son rêve apparaît, elle lui sourit, la berce, la petite fille s’endort elle aussi, dans son cœur pour toujours elle demeure enfouie.

Juste avant le bonheur, l’espoir ?

Une sueur froide m’immobilise, mes jambes se dérobent, je m’agrippe au bras de mon amie. Je pose une main maladroite sur mon cœur gauche, ses battements sont des murmures presque imperceptibles.

  • Putain Suzy ralentit, je me sens pas bien !
  • Qu’est-ce qui t’arrive ?
  • Je crois que c’est l’espoir, je crois qu’il a foutu le camp, ouais c’est évident je sens bien que je sens plus rien, je l’ai perdu c’est sûr !
  • Mais tu te souviens où exactement ?
  • Oui je sais, je le perds toujours au même endroit, tu sais là où il exulte, tu sais ce lieu magique, juste avant le bonheur !
  • Tu veux qu’on rebrousse chemin ?
  • Inutile tu le sais bien, aucun espoir de refaire l’histoire…

Depuis quelques semaines je me sens comme un bateau ivre, je flotte au gré des eaux, vais et viens au gré des courants. Les vents me poussent, puis me retiennent, je n’avance pas, je fais du sur place, je stagne tout juste suffisamment pour ne pas sombrer. Je suis pareille aux jours, puis aux semaines, inutile et insensée.

Hier encore, j’étais âme et corps amarrée à l’espoir, presqu’île hospitalière juste avant le bonheur sur terre, à quelques nœuds seulement. Aujourd’hui tout a changé, je suis larguée littéralement.
Comment est-ce arrivé, me demandes tu ? Subrepticement, peu à peu, la corde a cassé. Trop maigre, trop tirée je ne sais, mais elle a fini par céder. Je te l’assure, je n’ai pas le goût du malheur pourtant, mais le malheur lui m’a dans la peau, au point de vouloir la mienne depuis le berceau.

Hier encore, j’espérais et les flots berçaient mon rêve. La mer déchaînée m’effrayait à peine. Rugissante, elle déferlait sur moi, me submergeait un instant, puis me recrachait finalement, me jugeant sans doute trop amère. Sa colère dédaigneuse me rapprochait de ma destinée terrestre, l’heureux événement, j’allais le chercher le mordant aux dents. Impatiente, au sommet des vagues, hier encore j’attendais fière et dents serrées, à boire la tasse on finit par avoir la mâchoire crispée.

Hier encore, l’espoir était ma terre nourricière, mon unique ancrage à la réalité, à la vie, à sa beauté. Il me donnait la rage, celle qui fait l’horizon accessible et le bonheur éminemment possible. Je ne nageais pas, je fendais les flots, je ne marchais pas sur l’eau, non, la mer s’ouvrait devant moi. Mue par l’espoir, l’horizon à portée de nageoires, j’exultais à l’idée d’étancher bientôt ma soif inextinguible. Mortelle béate, j’ignorais alors que le bonheur est un désert existentiel, où l’espoir, l’unique oasis est notre paradis artificiel.

Les rayons du soleil crèvent les persiennes, c’est le matin, nous sommes demain, le jour d’après la perte. La lumière imposée m’agresse, elle ne m’éclaire pas, elle m’aveugle. Ma bouche est terriblement sèche, encore cette foutue anxiété dans le gosier. L’impression de ne plus savoir déglutir me panique un peu, comme toujours au début. Poisson hors des eaux je suffoque et puis je me calme d’un coup, après tout j’étouffe à longueur de journée, ne plus respirer finira bien par me soulager, et puis moi faire des vieux os je m’en moque, au moins autant qu’d’être en cloque.

Mais l’instinct de survie n’en a que faire de mes inepties, cette saloperie arrive toute puissante et rameute avec elle la salive. Un goût de rouille immonde inonde ma bouche. La saveur du sang mortifère je la connais bien, elle sonne le glas et l’ouverture des portes de l’enfer ici-bas.
Abandonnée au petit matin, par une nuit cauchemardesque, échouée dans mon lit, prise au piège dans les draps effilés, je ne me débats pas, je renifle l’absence, ça pue la mort, la tristesse, une existence en pièces. C’est l’odeur de la certitude, celle de ne plus jamais pouvoir serrer le disparu dans ses bras.
Soudain l’air est empli de souffre, la douleur ne laisse pas de doute, il manque quelqu’un, quelqu’un n’est plus. Mon cœur et mon corps sont lourds, me mouvoir je n’en trouve ni la force, ni le sens. Je m’enfonce un peu plus dans le lit toujours plus glacial, quand mon être brûle tout entier.

Mes entrailles se pendent dans mon ventre mou et inutile, l’heureux événement ne viendra plus.
Que vais-je faire maintenant ? Attendre l’heureux événement prenait tout mon temps. Les aiguilles de mon horloge arrêtent leur course folle. Le temps se fige, hier fugitif il est aujourd’hui docile, voir passif. A portée de mains désormais, il m’encombre, je vais devoir l’étrangler, moins d’ennui ne nuit pas.

La seule idée de poser un pied au sol me donne la nausée, au creux de mon lit le vertige danse avec moi, satanique, je tombe, tombe toujours, la chute semble perpétuelle. La mémoire me revient, hier on a assassiné l’espoir et j’ai assisté à la boucherie sans moufeter. J’ai regardé le sang couler entre mes jambes, quand est venu le tour du reste j’ai fermé les yeux. Regarder une vie s’échapper de vous et mourir au fond des chiottes, c’était trop, j’ai préféré fait la morte. Bien sûr c’était pas vraiment un enfant, bien sûr, à peine un embryon j’entends, mais pour sûr c’était notre heureux événement. Depuis dans cette même cuvette de WC, je vomis souvent mon existence fausse, sceptique, je gerbe ma colère ensanglantée, ma vie sans cesse avortée.

Hier soir, au moment du meurtre j’ai pas bougé le petit doigt, ni même le majeur, l’espoir moribond  la rancœur n’a plus le cœur à la rancune. Suis restée de pierre devant l’assassin démasqué, la fatalité. Un crime de sang froid se déroulait sous mes yeux et je restais stoïque sans réaction, pas le moindre émoi pour ce moi amoindrie. Grâce à la méditation désormais je laisse passer les émotions, ces aliens ne m’aliènent plus. Mais je vais arrêter, je ne veux pas ne plus ressentir, je ne veux pas mourir de l’intérieur, vivante m’ensevelir.

Hier la fatalité a éventré l’espoir et avec lui la rage gestationnelle. Franchement c’est la faute  à pas de chance. Aujourd’hui, orpheline de père et de mère je dérive un peu, radeau ivre je fais des zigs et des zags et je divague jusqu’à toi. Nul besoin de feuille de route, instinctivement je fais cap vers toi mon horizon tu es mon salut, ma raison de vivre. Quand tes bras ma terre d’attache se referment sur moi, je m’ancre à ta peau et de tout mon cœur, de toute mon âme, je ressens ce moment, il est notre bel événement. Chaque jour à tes côtés, je me sauve moi-même et ne me fuis presque plus…

L’espoir est le souffle de nos vies, parfois il est coupé, le temps passe puis l’inspiration à nouveau nous nous embrasse et grâce à ce profond bouche-à-bouche, on reprend l’espoir et son souffle.
L’espoir, papa, n’est pas juste avant le bonheur, il est le bonheur exactement.