Rocky, gagner sa vie quitte à la perdre.

Acte 1 : Rocky, avant l’entrée en scène,

Il sautille devant le miroir de la salle de bain et impulse un rythme de plus en plus rapide à la corde à sauter imaginaire. Pour se donner de l’ardeur, il compte à haute voix : « 1,2, 3 , 4, allez plus vite, allez fais pas ta feignasse, t’as vu le molosse en face ! 1, 2, 3, 4 ».

Rocky assène des grands coups saccadés dans l’air, la victoire par KO, c’est tout ce qu’il espère. La scène pourrait sembler grotesque : Rocky se démenant contre un adversaire imaginaire, en slip et maillot de corps, ventre débordant allégrement. Mais non, Rocky il est touchant. Son combat n’est ni absurde, ni drôlesque, l’ennemi est bien réel : ombre maléfique, son égo schizophrénique.

« Qu’est-ce tu fous, tu baises l’air, pervers masturbateur ! Bouge ton triple derche de gros lard. Tu crois que tu vas impressionner qui ? T’es plus rien, tu ressembles plus à rien. T’as rien dans le slip. Oh désolé au temps pour moi, j’avais pas vu, t’as bien un truc dans le slibard : une chiasse énorme collée au cul, gros dégueulasse, tu flippes tellement que tu te chies dessus. Tu sens la sueur, tu sens la merde, tu pues la peur, tu pues l’échec, mec tu schnouffes le loser ! Tes couilles sont vides, avant t’étais en colère, la société tu voulais t’la faire, maintenant y’a que l’idée de l’intégrer qui parvient à te faire bander léger, une demie-molle en somme ».

« Ta gueule », hurle Rocky assis sur la cuvette des WC. Notre bonhomme se lève tel un gladiateur, il va rien lâcher. Le combat aujourd’hui, c’est un rendez-vous important. Bien sûr, c’est pas celui de sa vie, celui-ci, il l’a raté, y’a bien des années. Le jour de sa venue au monde, il a fait la connerie d’arriver sans bruit, il a pas poussé le moindre cri. Alors, la sage-femme paniquée l’a pincé fort, elle avait cru, à tort, qu’il mourrait dans ses bras.

Honnêtement, il croit vraiment que çà s’est joué là. Vraiment, faut pas entrer dans la vie, sur la pointe des pieds, sinon les autres, les assoiffés, les affamés, y vont te piétiner, t’enterrer vivant.
Alors oui aujourd’hui, Rocky, qui a presque tout perdu, est bien décidé à tout donner, en plus il a pas vraiment le choix, il a même plus de quoi payer le prochain loyer. Alors non, il va pas se dégonfler, il va y aller au rendez-vous avec sa survie

Crochet du droit, uppercut, crochet du gauche «prends-ça dans ta face, j’sais bien qu’elle reviendra pas Adrienne, son Rocky sur le retour, ça fait belle lurette qu’elle en a fait le tour. C’est vrai que son ex- manque pas d’humour, ni d’audace, mais pour Adrienne, il manque cruellement de classe, depuis qu’il manque de grosses caillasses ». Rocky sautille, assène une pluie de coups à cette société obscène, incapable de nourrir tous ses enfants, aurait-elle dû avorter, plutôt que de les abandonner.

Rocky souffle fort, souffle plus fort à chaque coup, il a perdu de sa superbe et dire qu’avant, il ne manquait pas d’air, faut dire ça fait plus de 30 ans qu’il n’a plus 20 ans,

A l’époque le coq n’avait pas peur n’avait pas peur de l’adversité, il lui rentrait dans les plumes avec panache. Loin de se la raconter, il pensait avoir sa place, son cœur battant dans la société. Intelligent, travailleur, et en plus honnête. « Fiston pas de doute, tu vas faire belle route ».

Puis les années passant, il était moins vif, moins incisif, plus lent, plus hésitant, trop vieux, trop scrupuleux, les jeunes loups arrogants sur lui avaient commencé à se faire les dents. Le vieux coq se mettait sur ses ergots, ridicule, face à la jeunesse aboyant « Papy, faut passer le flambeau, tu vas te péter le dos, aux suivants, t’as fait ton temps grand-père ».

Alors, il avait fini par être évincé du ring, « les caïmans », carrément bienveillants, l’avaient aidé à se ménager, à raccrocher les gants « tant qu’il est encore temps, profite qu’il te reste encore les dents de devant ». Doucement, ils l’avaient conduit vers la sortie. Mais, à l’aube de ses 50 ans, les traites de la jolie maison Phoenix, le fisc et puis aussi son fils l’avaient obligé à remonter sur le ring.
Son petit dernier, son préféré, n’avait toujours pas de situation, seulement une poignée d’araignées au plafond. Rocky s’était rendu à l’évidence, y’avait ni seconde chance, ni bonne étoile, ou elles lui avaient filé entre les doigts. La félicité, il se félicitait d’y avoir jamais cru, au moins il était pas déçu.

Direct du droit, direct du gauche, le voilà bien de retour au combat, les gants accrochés à un vieux clou rouillé l’attendaient, le combat ne finit jamais. Il souffla, la poussière, sur les gants, tourbillonna un instant, il se frotta les yeux. Rocky reprenait du service, pour lui mais surtout pour son fils. Il se demandait inquiet comment son garçon sans lui s’en tirerait, dans ce monde de la triche, où, enfonce-toi-çà bien dans le crâne, que tu marches ou que tu crèves, « on s’en contre-fiche » !

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Qui va se fader le cadavre ?

  • Allo ma fille ?
  • Oui pa, j’t’écoute !
  • Ça va ?
  • Ben tu sais j’suis au boulot là, rien de bien glorieux quoi ! Mais t’as un souci Pa ? Tu as cette voix blanche que je n’aime pas ?
  • Non, non rien de grave ma chérie, rassure-toi, bon rien de drôle non plus, c’est pas moi. C’est la tante, bon ben c’est fait, elle est décédée au déjeuner !
  • Ah ok, bon ben ça a fait vite depuis le temps que ça traînait…Et Tonton, ton frère pas trop galère pour rentrer du Portugal ?
  • Non en fait il rentre pas, je crois pas. Il a des amis là-bas, tu comprends c’est pour çà…
  • Merde alors, je le crois pas mais qui va gérer le cadavre putain ?
  • Parle-pas comme ça de la sœur de ta grand-mère, t’es impossible. T’inquiète pas je m’occupe de tout, y’a rien à faire faut bien le faire !
  • Merde Pa avec ton cancer, il pouvait pas abréger ses vacances ton frère. Tu vas tout te fader pendant qu’il se dore le faux cul tranquille, mais je vais le lui péter moi, j’te jure
  • Calme toi, sérieusement j’ai pas besoin de çà ma fille, tu sais c’est la vie.
  • Non pas là c’est pas la vie, c’est la mort et j’espère pour lui que sa peine sera doublée au moment du jugement dernier : remord dans sa face. Je te jure, il l’emportera pas au paradis ou dans un train d’enfer, crois-moi.

J’avais partagé 40 ans de ma vie avec la sœur de mamie, bien sûr on se voyait pas souvent, à vrai dire d’abord de moins en moins, puis à vrai dire plus du tout. Faut bien reconnaître qu’il est difficile d’échanger avec une personne, dont la plus grande ambition, c’est de pisser pile poil dans le plat-bassin, plat pays qui est le mien et dont l’unique projet de la journée, c’est de ne pas louper le souper. Ben ouais, il arrive un moment où chaque repas, c’est du temps de gagné, ou du temps perdu, quand ça dure trop longtemps, à la fin de la vie on sait plus.

Mon père et son frère avaient toujours vécu avec leur tante, vieille fille, elle n’avait pas quitté sa maison natale. Sa sœur jumelle vivait, dans la maison d’à côté, avec mari et enfants en l’occurrence mes père et oncle, alors la bonne d’âme l’invitait au déjeuner le dimanche, après la messe. La pauv’ femme si seule, la charité bien ordonnée commence en famille, tu penses !

Bref plus de 70 ans que cette femme, ni meilleure ni moins pire qu’une autre, avait été pour eux un repère. Mon oncle était empreint de nostalgie, au point qu’il avait même investi dans la pierre de son village d’enfance, le trou du cul de la France. Que voulez-vous un homme attaché au passé, attaché aux siens.
La tante elle a crevé ? Seule comme un chien, que veux-tu que j’y fasse ?
Triste fin du célibataire, peu de volontaires pour conduire la dépouille au cimetière.

« Croyez-moi on se verra ailleurs qu’à la messe, ailleurs qu’au cimetière, mais vous en faites pas on se reverra et ce sera devant M’sieur l’notaire. J’entends vos lèvres remuer, vous souriez ! Un peu de respect c’est tout de même la sœur de ma mère qu’aujourd’hui on enterre ».

Combien de moments passés ensemble, autour de la table, ou au cul d’une vache à l’étable ?

Combien de discussions sur la religion, « nom de dieu si tu existes répond ! » ?

Combien de cuillerées de soupe aspirées dans un même souffle ? « Attention, elle est chaude ! »

Combien de langues à la sauce piquante englouties…et les madeleines et oui les madeleines aussi, trempées dans le café pour le goûter à la Noël ? C’était une belle vie, vue du ciel.

Combien de gigots dégustés à pâques ?

Combien d’instants de répit volés, pour échapper à la maison d’à côté, où le Dimanche on aimer faire l’inventaire de ce que les aut’ gens savent pas faire ? « Sont pas comme nous ! »

Combien de pastis gobés cul sec dans les verres duralex ? « A ta santé ma tante, longue vie à notre hôte qui nous enchante ! ».

Alors même si suis pas mieux qu’eux, même si au fond suis sans doute pire. Et même si sincèrement suis pas malheureuse que tu es quittais la maison des vieux,  pour rejoindre ton seigneur dieu, car le monde des vivants ça faisait longtemps que tu l’habitais plus vraiment. Et bien malgré tout ça, au soir de ton départ, je suis triste qu’on ne t’ait pas évoqué un peu tendrement, avant la question « qui va s’occuper du cadavre ? ».

Mais je fais partie de cette civilisation, où on ne pleure plus les morts, surtout pas les vieux, car sinon comment surmonter la prochaine, celle plus injuste, celle d’un plus jeune. Comment survivre alors à la mort de l’ami, de l’enfant, du collègue fauché en pleine fleur de l’âge, si on se répand sur celle des vieux à bout de vie ?

Moi tantine je t’aimais bien, tu avais choisi un autre chemin et tu pars comme tu l’as parcouru … seule.

Auprès de Lui je t’espère, toi qui lui as dédié ta vie, à son tour Il peut bien consacrer ta mort…

Que ton âme soit en paix, ma tantine et concernant ton corps t’en fait pas, quand d’autres se déchargent, ton Giorgio lui demeure et s’en charge, fossoyeur de la famille, désigné d’office, le petit soldat de la mort assure toujours l’office.

Fais Marie, de ton ciel, une prière pour lui, qu’il reste ange sur terre !

Vivons doucement mais mourons vite…

Sans enfants, ni neveux à nos côtés, la fausse commune sera notre véritable originalité…

Luzià, à l’envers, à l’endroit

Luzià enfin te voilà, Luzià que la lumière soit !

Après une nuit froide longue de 3 années, Luzià naissait, l’aube revenait. Les parents renaissants rayonnaient. L’enfant soleil éclipsait les ténèbres, Luzià, la lumière toujours les éclairerait. Le coucher du soleil ne serait plus redouté, l’amour resplendirait à jamais.

Luzià brille de mille éclats, sa voix, sa joie, son rire, ses yeux. Sa lumière peu à peu les éloigne du ravin et de la folie aussi. Par sa présence illuminée, le chemin soudain se fait moins escarpé, elle est leur vie sublimée. En grandissant, ses parents lui expriment leur gratitude souvent. Luzià elle aime pas ça être remerciée, elle supporte pas ça d’être sous la lumière, même que ça la met en colère. La lumière incarnée est discrète, elle ne souhaite pas briller, seulement les réchauffer si elle le peut.

« Luzià, Luzià notre diamant salutaire, reste auprès de nous, exauce notre prière ! ». Au-dessus de son berceau, la famille mutilée murmurait déjà ces mots. Avec le temps, insidieusement, ces joyaux montés en collier formaient des griffes autour de son cou, une existence prise en étau étouffe doucement, jusqu’à ne plus respirer du tout. Luzià, les voleurs de temps, les pilleurs de vie sont de ton sang, les salops c’est nous absolument.

Déjà engagée, l’éternelle fiancée ne peut se marier. D’aimer sa famille toute la vie, de demeurer à ses côtés elle l’a promis, juré craché, en silence, en présence. Luzià n’a pas d’enfants, elle n’a pas le temps, elle doit s’occuper de ses petits : la fratrie, les amis et puis les parents aussi. Enfin c’est plus vraiment comme avant, y’a plus maman maintenant. Pour autant elle n’a pas plus de temps qu’avant. La vie ne supporte pas le vide, alors un autre corps malade, une autre âme tourmentée, tant d’existences à soulager. Luzià veut faire le bien, c’est son devoir, son destin. Toujours aux aguets, elle veille à ce que les siens ne manquent de rien. Chacun son tour et au suivant !

« Je t’en prie ne pars pas, je t’en supplie reste, tu me fais du bien tu vois ? J’ai tant besoin de toi, personne ne m’aime comme toi ». Les indigents de l’amour crèvent de faim en son absence, elle le sait, alors les rares fois où elle doit s’éloigner, elle prend grand soin de laisser aux pieds des affamés, son souffle, son cœur, sa joie, son corps et bien plus encore. Quand c’est pas assez, elle offre aux redoutables insatiables son être tout entier et je l’entends à chaque fois penser tout bas : « bon débarras ». Luzià elle est comme ça, sa propre vie souvent salie ne l’intéresse pas, plus maintenant en tous cas !

Luzià est magicienne, à peine souffle-t-elle sur les cendres, que le feu séduit rougit, puis vite il s’enflamme. La caresse de la lumière ranime les cœurs les plus austères ! Luzià, prends garde à toi, le feu attisé par l’essence de ton être finira un sombre jour par t’embraser peut-être.

Luzià elle s’ouvre à tous les damnés de l’amour, tous les crevards s’engouffrent, affamés ils se nourrissent de sa substance, de son espoir et s’emparent de son existence. Les ogres, se servent et se resservent encore, jusqu’à épuisement. Une fois repus, les carnassiers abandonnent le gibier « ensangloté », blessé à mort le cœur de la guerrière palpite encore. La lumière vacille mais ne s’éteint pas malgré le souffle de leur haleine fétide, la flamme trépide puis se ravive. Ne jamais cesser de briller, tous les autres encore éclairer .

« Je t’aime, tu me fais du bien. Ne pars jamais, j’en mourrais ! J’ai besoin de toi, reste auprès de moi. Allez encore un moment, un seul instant. Viens contre moi, enfin pas si près ! Pas si souvent ! Enfin tout dépend ! Je te dirais où et quand ! Demain ? Demain je sais pas ! Profitons d’aujourd’hui… » susurrent les gueules pleines d’incisives. « Carpe diem » gueulent les poètes de la baise sans engagement. Si seulement leur cercle pouvait disparaître !

Les conquistadors l’adorent, la conquête de la lumière ça fait bander les ténébreux. A force d’entrer en Luzià, la lumière finira bien par rejaillir sur eux ! Alors ils la prennent consciencieusement, rageusement, à l’envers, à l’endroit, devant, derrière, debout, parterre, avec la langue, avec les ongles, avec les doigts. Luzià dit non, quand elle n’aime pas, « non pas comme ça ! ».

Mais ils refusent de comprendre : putain ! Tout le monde a quand même droit à sa part de lumière, pas de quoi en faire tout une affaire. Et puis c’est bien connu le non dans la bouche de la gentille fille, l’ingénue, c’est un oui faussement farouche, une coquetterie, une fanfreluche rien de plus.

Avec leurs langues impropres à communiquer, ils visitent son corps, fourragent ses pensées. Ils enfoncent bien profondément leurs pieux dans les bouches cousues. Luzià se tait, ne gémit même plus ! Lascive, permissive ? Luzià est tétanisée, son tortionnaire l’aime, il ne cesse de l’affirmer alors elle le laisse faire, le laisse l’achever, au fond elle doit sûrement le mériter. Luzià s’est laissé faire, elle le sait, elle n’essaie même pas de nous la faire à l’envers. Luzià peu à peu s’est abandonnée, la guerrière refuse de continuer de lutter, puisque l’amour c’est ça, elle lui préfère l’enfer, au moins dans ses draps il doit faire moins froid.

A l’endroit, à l’envers avec la langue, avec les doigts, avec la fourche, avec la pioche elle les a laissés l’égorger, mais elle se console, la lumière leur survivra. Libre, inaliénable, la lumière peut, doit être cultivée. La posséder ? On ne le pourra jamais ! Le loup bouffe le petit chaperon rouge, «  je t’aime tant, tu me fais tellement de bien, n’écoute pas ta mère-grand ! ». La panse du porc vautré dans son foutre menace d’éclater, écœuré finalement il abandonne la dépouille du chaperon rouge en lisière de forêt. Le « all inclusive » ça finit par donner la gerbe même aux sagouins déculottés.

Les matamores pathétiques mains et bouches ensanglantées se targuent de l’exploit : ils ont eu la peau du chaperon rouge. Pathétiques les chasseurs de lumière l’ignorent, mais après avoir dépecé la lumière, dévoré son cœur chaud et palpitant, désormais et à jamais, ils seront tenaillés par une faim insatiable et  leurs âmes grises erreront dans l’obscurité.

 

« Jamais on ne m’a aimé comme tu le fais, promets-moi de toujours rester à mes côtés, derrière oui, dans mon ombre aussi, mais tout près je t’en prie ! »

L’envers du décor du prince charmant Luzià, laisse ta voix intérieure te la décrire doucement. En s’appropriant ton corps par devers toi, à l’envers, à l’endroit, ils ont l’illusion de l’implosion de leur toute puissance en toi, de leur ascendance sur toi. A demi-inconsciente efforce-toi de t’élever, ainsi au-dessus de vos corps tu verras la violence de son étreinte, sa rage non feinte, elle te saute à la gueule maintenant. Abusée, désabusée, ton silence est un cri, lui ne réalise pas, il sourit : le plaisir te laisse sans voix, c’est ce qu’il croit.

La tête dans l’oreiller, tu l’entends siffloter, sous la douche il fait mousser sa virilité. Ta petite voix intérieure enfin surtout celle de ta sœur, te suggère de lui enfoncer un gode-michet, là où on sait et de lui mettre sa pâtée profond dedans, à ce cher Medor, bon chien chien, oust dehors !
« Luzià ma lumière je t’en supplie ne décline pas, Luzià ma guerrière auprès des loups ne demeure pas. Le feu sacré brûle en toi, autorise-toi à t’y réchauffer parfois et protège-toi de nous, ne nous laisse pas te consommer, te consumer. La lumière pénétrée demeure inviolable certes mais à manquer d’air le feu sacré peut étouffer et son dernier souffle partir en fumée.

Luzià je t’en prie aime encore et toujours mais ne t’abandonne plus, recueille-toi, adopte toi. Tiens- toi à l’écart des cœurs atrophiés, ces âmes perdues sans collier errent de foyer en foyer, incapables de s’attacher, ils jouissent de t’aliéner. SI aimer c’est se donner toute entière, à l’envers, à l’endroit, ce n’est pas je crois, s’abandonner tout à fait, mais c’est peut-être au contraire s’accueillir, se recueillir et en jouir. Aimer ce n’est sans doute pas s’oublier mais se souvenir de soi et ne pas laisser l’autre se servir mais à lui s’offrir toute entière, sans meurtrir ni son âme, ni sa chair.

Luzià berce ton cœur gentiment, laisse ton être naître à toi doucement et efforce toi de l’aimer absolument, pas moins, pas mieux que tu n’aimes les gens. Je t’en supplie prends soin de ta vie, offre toi un peu de ta lumière, éclaire ton chemin et sois en fière. Ne laisse pas ton destin prisonnier de nos cœurs, te vouloir tout à nous c’est t’aimer si peu ou si mal, et surtout c’est s’aimer nous avant tout et c’est méprisable ! Protège-toi d’eux, protège-toi de nous. Luzià promets-moi de ne jamais t’éloigner tout à fait j’en crèverais, mais garde tes distances de sécurité, fais une place à ton individualité, à ta personne cette beauté.

A tant vouloir nous faire du bien, tu finis par te faire mal, mais attention un don de toi sacrificiel nous éloignerait tous du soleil, alors oublie-nous un peu. Ta pureté n’est pas le sang sur tes draps blancs, mais celui qui irrigue ton cœur géant. Puisque femme de devoir toujours tu demeureras, essaie au moins de prendre soin de toi : tu dois faire ta vie, pas refaire la nôtre, tu dois construire ta famille, pas reconstruire la leur. Plus que « tu dois » « tu as le droit », le droit d’exister, car Luzià en vérité, la lumière fût, la lumière est et elle sera pour l’éternité.

 

La récidive sans rémission

Bang, bang !

– Alors Docteur dites-nous tout…

Bang, bang !

– Il s’agit donc d’une récidive.

– Euh finalement dites-nous seulement la moitié, tout, d’un coup, ça file la nausée.

Bang, bang !

– Désolé mais c’est une récidive tout à fait !

– M’sieur y’a à l’évidence une erreur, sans doute par inadvertance vous vous êtes trompé de patient, je vous assure c’est pas le bon client pour une récidive ! Il y a mal donne sur la personne, par définition une récidive implique d’abord une rémission, non ? Or demandez donc à ma sœur, nul répit au compteur !
C’est sûr c’est pas le bon fichier. Regardez-mieux s’il vous plaît, nous c’est le dossier du guerrier, celui qui en a bavé, celui qui a toujours surmonté…
Vous bilez pas docteur, ça arrive à tout le monde de se méprendre, la faute n’est pas fatale, on va pas faire un scandale. Restons-en là pour le moment, allez hop on y va, allez bon vent. Au fait, c’est par où la sortie, l’issue de secours ?

Le Doc nous fait signe de nous rassoir, son sourire se fige, ses sourcils se rejoignent, hérissés ils se lamentent : « encore une bande de pseudos durs à cuire, infoutus d’avaler la vérité crue ».

Bang, bang !

– Il n’y a pas d’erreur malheureusement, je vous le redis calmement Mademoiselle, c’est une récidive du cancer. Est-ce plus clair désormais ? Maintenant pouvons-nous passer aux effets secondaires, s’il vous plaît ?

Bang, bang !

– Oui je reconnais volontiers c’est impressionnant, mais rien n’oblige le patient au carton plein naturellement.

Bang, bang !

– Bon nous reste plus qu’à vous remercier Docteur ! Ah bon nous nous revoyons d’ici peu de temps ! Alors à bientôt Docteur.

Nous ressortons groggys. D’autres patients patientent dans la salle d’attente. Au suivant ! Récidivistes ou primo délinquants, ils vont prendre combien eux ? 20, 10, 5 ans, non tout de même pas 5 ans, c’est dément, un truc à plus avoir confiance en la justice de son pays !
Et pour nous combien, Monsieur le Procureur ? Combien c’est pour la peine maximale ? La perpétuité ? Allez siou plaît, c’est quand même pas trop demandé une vie, pour sauver l’amour, notre peau de chagrin !

Bang, bang !

La sentence tombe à demi : il manque des éléments au dossier, nous serons jugés en seconde instance, dans 3-4 mois. D’ici là ? Nous sommes en liberté conditionnelle.
Malgré le ciel tombé sur nos têtes,  nous trouvons plus que la force, l’envie de rire. Le guerrier, l’armure fendue se redresse, sa voix fend l’air : « et si on se tirait au bord de la mer, j’ai une envie furieuse de bouffer du crabe !!! ».

Des décennies à se marrer ensemble, à rire de tout et surtout de la vie, bête à pleurer.
Des décennies d’humour à force d’amour c’est jamais assez, alors nous allons faire comme toujours : lutter et lutter encore, pour s’en payer une nouvelle tranche de bonheur. Bien sûr, il va y avoir des pleurs et des doutes mais surtout il va y avoir nos pas parallèles dévorant la route.
Alors bon dieu oui tu vas la becqueter cette satanée pilule, chaque jour avec toi on va l’avaler, on va se la faire à l’endroit et surtout pas à l’envers.
On va la baiser la mort et sucer l’amertume, et moi je vais vous dire à ce tarif, je fais la passe gratis !

Puisque la vie est un élixir qui nous condamne tous à mort, buvons notre sursis jusqu’à la lie !

Bang, bang ! You don’t shoot us down !