“Bonne fête maman”. Ces mots sont morts de mon vivant. Cela fait plus de 25 ans maintenant. Enterrés dans mon cœur, étouffés dans ma bouche, cette phrase je ne la prononcerai pas. Elle est sans doute ce noeud, dans ma gorge aujourd’hui. Je voudrais les déloger ces trois mots indicibles, inaudibles, impossibles de les avaler. Les cracher peut-être, ils m’étranglent, tant ils voudraient jaillir et s’offrir à celle, qui m’a donné le jour et la nuit aussi…
Ces mots sont des fleurs et l’eau sur mes iris, c’est ma façon particulière de prendre soin d’elles. Mes yeux inondés ont beau faire, les fleurs de fête des mères finissent toujours par flétrir, faute de mains pour s’en saisir.
Aujourd’hui comme les années dernières, impossible de renoncer tout à fait, alors je tente de planter les mots, ces éternels boutons de roses, à jamais écloses dans ton jardin paradis, ma jolie maman.
Ces mots sont des vers à ta santé. Je me soucie de toi souvent, je sais ce ne sont pas tes fleurs préférées, en manque de toi tout le temps, je ne sais faire autrement. Jadis, pour continuer malgré rien, je m’accrochais à l’idée que les mots bleuets, un jour, une bouche en cœur, pour moi, les prononcerait, le rose au front. Longtemps, je suis allée puiser dans mon imagination, la consolation, la réparation, c’est con.
Depuis, j’ai tout envoyé balader. Cela fait dix ans, un peu plus, un peu moins, peu importe, le chagrin n’a ni début, ni fin, quand il frappe à la porte. Disons, il y a une décennie, maintenant, si tristement finalement, mon inconscient a banni le mot « maman » de ma vie. Je m’en veux de ne pas avoir sur renoncer avant, de ne pas les avoir ensevelis, avec toi Maman. Un coup de pioche dans la terre, deux dans ta gueule. Mords ton poing, la douleur nourricière fait la taire.
« Maman » plus qu’un aurevoir, un adieu. Pas dit, pas entendu, n’en parlons plus. Ce mot je l’ai banni, le maudire, ça j’ai pas pu. Si tu es toujours ma douce mère, suis-je toujours ta fille amère ?
Si tu ne seras jamais ma fille, je suis toujours ta mère, au pays des ombres et des mystères.
Le 31 mai, comme le 25 décembre, il faut oublier, mourir un peu pour trois. Le lys de la vie n’est pas offert à tout le monde. J’essaie de ne pas y penser. J’ai brisé tous les vases, enfoncée dans les sables mouvants, c’était plus prudent. Enfant, je n’imaginais pas ces mots là un jour interdits. Décidemment, la vie n’est pas oiseau du paradis.
Cueillir je ne peux plus, accueillir j’ai pas pu, me recueillir j’apprends. Avec toutes mes pensées, aujourd’hui j’ai composé un bouquet de prose, pour toi maman. Viens le chercher, cette nuit ou celle d’après, au cœur d’un rêve, telle une trêve, laisse-moi te dire encore, car je suis ton éternelle enfant : « Bonne fête maman ». « Bonne fête » à toutes les damnées de la mère, berçons nos enfants intérieurs au rythme de nos cœurs.