3 jours à tuer, jour 2

  • Jour 2 : vendredi – tuer le héros

Epargner le père. Se sauver soi. Mais la vie c’est le sang, la vaine existence s’en nourrit. Alors puisque le sang doit couler…saigner le héros fantastique, comme une purge inique et pourtant libératrice. Le trucider bien et vite, avant le jaillissement de la vérité, dos au mur impossible de reculer, impossible d’ignorer les faits. Faire la peau au héros, crever le rêve avec ses ongles, mais surtout ne pas l’égratigner. Préférer le soleil aux étoiles, s’aveugler à la lumière et caresser ses ailes brûlées à l’enfer de la réalité. L’extraordinaire est une chimère, mère chimique et père d’une réalité de substitution, gare à l’addiction. A confondre ciel et terre, la vague à lame aiguisée de la mer nous submerge et nous attire par le fond.

Oublier le mythe, le héros de fiction, le remercier du travail bien fait par le passé, grâce à lui les nuits de l’enfance sans sommeil finissaient. Tuer le héros fantasmagorique, pour accueillir le héros ordinaire, aimer le père au présent et bien vivant. Cracher sa peine sur la tombe du père onirique, pleurer la mort du sauveur sur la terre, comme au ciel, se consoler en goûtant l’amour imparfait, inconditionnel. Le rêve est une malédiction, quand il s’ignore et se pense réalité, une machine maléfique, la fabrique à désenchanter. Le ressenti ment souvent, joue des tours, prendre de la hauteur, vomir la rancœur, s’éloigner de soi, ou plus exactement déloger l’enfant dans son cœur battant et connaître la paix d’aimer vraiment entièrement.

L’enfant né sur le terreau de l’absence passée sous silence avait crié à la naissance, on s’en était réjoui. Mais… le cri n’avait jamais cessé depuis ! Le fruit du silence était un cri, quelle ironie !
Se taire ou hurler ? Acte désespéré dans les deux cas, la douleur laisse sans voie parfois. Un père passe sous silence, faites vos jeux, rien ne va plus pour l’enfance, née dans une impasse.

Pour survivre à la mort du héros, il faut en finir avec l’enfance devenue fardeau, en finir avec la désillusion arracheuse d’ailes, voleuse d’horizon. Ne plus fuir le réel, course folle sans ligne d’arrivée, et trouver enfin le courage de mettre fin à l’errance, ce voyage sans destination. Alors il n’est pas d’autre solution que d’achever l’enfance blessée, lui asséner l’imparfait et enfin tendre la main à l’adulte, désormais prêt à exister malgré les trous, les difformités.

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