Prendre son shoot de différence, pendant les vacances, de préférence

En ce jour de départ en vacances, mes pensées vont vers les idoles de la différence, enfin un mois par an, pendant les vacances exactement.
La foule magnanime est unanime devant Mme la résilience,
Elle se prosterne devant elle, en une belle révérence.

La foule, suspecte, respecte le mec, qui souffre et demeure debout malgré tout,
pourtant chaque jour est un tel combat, qu’il finira par mourir de vivre, voilà.

La foule s’arrache les livres témoignages, du héros ordinaire revenu de l’enfer, d’une vie de douleurs ordinaires. Le type a réussi sa vie, malgré la nausée du petit déjeuner au souper, malgré l’insomnie de jour comme de nuit.

La foule s’émeut de l’artiste qui remet en place le politique « vous et toute vot’clic vous ne respectez aucune loi, si ce n’est celle du fric. Vous méprisez les sangs dents, ces chiens-là aboient mais ne mordent pas, comme c’est tordant ».

La foule dans son quotidien, au travail prône la démocratie « un homme, une voix » mais le premier détracteur qui a le malheur d’ouvrir sa gueule, pour délivrer le fonds de sa pensée, se fait rembarrer, le fou avait imaginé y être autorisé. L’assemblée fait les gros yeux : « si chacun commence à exprimer ce qu’il pense, c’est la décadence assurée de la société ». La dictature du nombre finira par avoir la peau du subversif expansif. « Quelqu’un souhaite-t-il faire une expression ? ». Il baissera les yeux, comme d’autres baissent leur pantalon. Jadis intègre, aujourd’hui intégré à la société, au moins son banquier lui fiche la paix désormais : plus d’impayé de loyer.

« Un homme, un silence ». Pour l’idéal consensus, le plus odieux des phallocrates, d’un geste prompt ôte sa cravate, et magnifique acrobate suce gratis à la chaîne, pourvu qu’il s’agisse d’un bureaucrate influent évidement. Chienne de vie qui nous aliène, sur le trottoir, sur le bureau, dans l’escalier du réfectoire, faire la pute, c’est toujours de survie et de désespoir, dont il s’agit.

Le lendemain, un mail du DG invite les salariés à un petit déjeuner avec croissants et café à volonté.
« Au regard des derniers résultats de Mr Flutiôt, j’ai la joie de vous annoncer sa nomination à la direction, il sera en quelque sorte mon bras droit, mon alter égo ».
Quand le cochon transpirant ne pourra plus ouvrir la bouche en grand, la fièvre aphteuse quelle tannée pour les gorets, il pourra toujours, bien cordialement, le branler son PDG. Et si ça suffit pas à le faire hurler l’enfoiré, le suceur ambidextre, pourra toujours lui mettre un doigt dans le cul. Ben quoi, faites pas les effarouchés, au moins maintenant vous savez pourquoi les primes au mérite, celles versées en fin d’année, ça pue la merde et le rat crevé.

La foule est ouverte d’esprit, elle ne craint pas la différence, je dirais même qu’elle l’apprécie, d’ailleurs aussi souvent qu’elle le peut, elle choisit l’étranger pour ses vacances. Bien oui, dans le quartier CSP +, tout le monde se ressemble et s’assemble. C’est la mort dans l’âme, qu’ils ont renoncé à habiter « un quartier de la mixité ». «Pour les enfants c’est pas évident, l’école de la mixité c’est renoncer aux grandes écoles, celles qui ne prennent que sur dossier ».
Mais afin de ne pas déconnecter la future élite de la France des pauvres réalités des autres gens, les parents impliqués et conscients emmènent leur progéniture, l’été, en Afrique, en Asie aussi. Oui c’est bien aussi l’Asie, il y a encore beaucoup de pauvreté et on peut y parler l’anglais.
Alors, les enfants bien éduqués découvrent éberlués la Différence. Le premier choc passé, s’ils trouvent le courage de s’approcher le dernier jour davantage, c’est que la vision de l’avion du retour sur le tarmac les y engage.

C’est tout de même cher payé l’ouverture à la différence, quand on sait que des petits monstres gentils, il y en a aussi aux  4 coins de la France. Inutile de quitter le pays pour s’acoquiner avec l’Autre : adhérer à une asso de la cité et le tour est joué. Mais là, il ne s’agit plus d’une parenthèse mais d’un engagement dans le temps, côtoyer l’altérité, y être obligé, ne plus la choisir peut vite tourner au martyr.

L’ouverture à la différence, du mois de juillet au mois d’août, un billet d’avion il leur en coûte. On crame les chèques vacances, c’est pas cher payé la bonne conscience. De retour au bureau, les tolérants retournent allègrement à leurs penchants et refourguent à l’assistant, somme toute relativement différent, le sale boulot, pour la basse besogne, eux ils n’ont plus le temps.

Gare à la condescendance, faites gaffe de ne pas la lui faire à l’envers au secrétaire. Si vous voulez qu’il continue à taire vos petits secrets et sales combines, vous feriez mieux d’arrêter de vous foutre de sa trombine. A l’occasion, il pourrait faire quelques révélations et vous les enfoncer profond.

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