Nuit debout

La nuit debout commence à peine et déjà les vieux loups aboient et leurs cris jettent l’anathème.
Pelotonnés dans leur canapé, bien au chaud devant la cheminée avant la série télévisée, ils s’émeuvent entre la poire et le café de l’absence de portée de l’action menée.
« C’est çà faire la révolution, ne pas dormir de la nuit et discuter du beau temps et surtout de la pluie ! Et puis à République, on va pas me la faire à moi vieux brisquard, les jeunes gars sur le pavé, ce sont des nantis, les futurs DG, logés au plein cœur de Paris. Des bobos je vous dis qui savent rien de la vraie vie et pensent que c’est seulement dans les PVD, que les gens doivent choisir entre becqueter et la facture d’électricité. Au lieu de philosopher ils feraient mieux d’aller taffer ! Leur mouvement fait pitié, incapable de structurer leurs idées ! Et c’est quoi d’abord leurs solutions ? ».
Moi ces réflexions « bon ton », ça me fout les glandes, entendre les planqués donner des leçons au milieu de leur salon, ça m’écœurerait presque au point de ne pas finir mon macaron Ladurée ! Ce sont les mêmes qui le mois dernier reprochaient à la jeunesse sa passivité, son manque de conviction, sa léthargie : « bon dieu mais ils vont y aller au charbon oui ou non ! ».
Si vu de dedans, rester dehors debout toute la nuit à palabrer c’est stérile, que dire de l’utilité d’une nuit passée à ronfler au fond de son lit douillet, en plumes d’oie mouillée ?
Etre debout quand d’autres sont couchés, manifester physiquement une pensée libre : le désir de vivre ensemble, autrement, souhaiter la fin de l’hégémonie de l’argent sur la valeur humaine, ne plus lutter pour sauver un système fossoyeur d’hommes mais pour fonder un nouveau système. Un modèle de société qui aurait pour priorité d’assurer une existence décente pour chaque individu, fort d’une pleine conscience de la préciosité de la vie humaine, où chacun est une partie du tout.
Demeurer debout, refuser de se coucher c’est pour moi un acte de résistance, et si je me trompe tant pis ! La naïveté sera ma peine perpétuelle et c’est tant mieux car le cynisme lui me tuerait.
Quand on ne mène aucune action, apprécier la pertinence de celle des agissants me semble vraiment déplacé… Est-ce à dire qu’à ne rien faire, on gagne l’obligation de se taire ?
Ok au temps pour moi, je vais fermer ma gueule de révoltée virtuelle certes, mais de révoltée toujours debout… devant mon ordinateur !

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